gaël sapin

Né en 1987 à Estavayer-le-Lac (CH), vit et travaille à Zürich

 

Expositions récentes :

Parade, Galerie la Vitrine, Fribourg, 2016

Détours d'artistes , Tinguely2016 , Musée Gutenberg, Fribourg, 2016

Sisyphos lässt sich grüssen , Kunsthalle, Lucerne, 2016

RETOUR , Château de St-Aubin, St-Aubin, 2015

AGGLO , Parzelle403, Bâle, 2015

 

PARADE

Gaël est broyard, il est né à Estavayer-le-Lac et y a grandi. De ses origines campagnardes, il a développé et gardé un goût pour la nature et une qualité d'observation du paysage, une manière d'en restituer la simplicité et finalement d'en souligner la dimension poétique. A l'ère de la consommation excessive d'images et du regard toujours plus superficiel posé sur ce qui nous entoure, cette faculté est à souligner et à soigner.

Après son collège St-Michel à Fribourg, ses aspirations l'ont mené à la Haute Ecole des Arts de Berne, puis à la Zürcher Hochschule der Künste de Zürich où il a obtenu son Master. En 2014, l'Etat de Fribourg lui a octroyé une résidence artistique dans l'atelier Jean Tinguely à la Cité internationale des Arts à Paris, atelier qui appartient à l'Etat et à la Ville de Fribourg et qui est chaque année attribué sur concours à un jeune artiste.  

Que ressent-on devant une image de Gaël Sapin? Certainement pas une impression de déjà-vu. Un attrait au contraire face à quelque chose de nouveau, d'original, qui suscite notre curiosité. 

Les dessins de Sapin jouent avec le temps. Réalisés à l'encre de Chine sur papier, ils associent médium simple et classique à une vision contemporaine du paysage urbain et de la nature. Par leur découpe du paysage et leur rendu du réel, ses images font penser à des photographies où se mêlent nature et architecture. Ses dessins sont surtout des représentations du temps, dont l'approche délicate et la dimension poétique s'expriment à travers le voile du souvenir, ains la grille, le voile de neige ou l'écran de pluie.

Le blanc du papier, le noir de l'encre. Eux seuls, sans traces de crayon ni tons de lavis. L'espace laissé libre entre les traits (qui sont plus ou moins rapprochés, plus ou moins épais), cet espace laissé blanc, tout autant que les traits à l'encre, crée la forme, l'illusion de l'espace et devient porteur d'imaginaire pour notre pensée.

Cela vaut pour les personnages qui habitent régulièrement les mises en scène de Gaël. Ces figures en réservé, dont seuls les contours nous sont visibles et dont l'identification reste incertaine (est-ce un homme, une femme, un enfant?), leur présence anonyme, silencieuse, nous intrigue et nous questionne. Qui sont-ils, que font-ils? Sont-ce des êtres existants ou des empreintes de présences disparues, convoquées par notre mémoire? Mais c'est justement ce questionnement qui nous les rend familiers et presque bienveillants. Car la curiosité suscitée par l'artiste dans le regard du spectateur ne laisse jamais place à un sentiment d'étrangeté, d'anomalie ou à une impression dérangeante. Les images de Gaël sont d'une force qui s'impose, tout naturellement. 

Ses dessins se caractérisent par leur cadrage et leur composition géométrique traversée de lignes qui découpent clairement l'espace, ainsi que par leur vision frontale. Les formes frémissantes, comme animées d'un souffle, s'unissent et se lient entre elles par un phénomène visuel que servent les effets de neige, de pluie ou de particules atmosphériques. La relation au temps est au cœur des interrogations récurrentes de la plupart des  artistes. Gaël s'y confronte à son tour. Dans ses images contemporaines, il nous entraîne dans des espaces de temps différents, reliés entre eux par la construction du dessin et l'imbrication des plans distincts.De différentes manières (mais surtout à sa manière, car Gaël a, c'est évident, une griffe déjà très personnelle) il convoque les images iconiques qui constituent notre regard d'aujourd'hui et nous invite à une méditation, clé pour un voyage à travers le temps.

 Laurence Fasel, avril 2016